Au cours de l’année, le gouvernement de l’Ontario n’a eu de cesse d’accuser les conseils scolaires de mauvaise gestion financière. Le ministère de l’Éducation a alors mis sous tutelle huit conseils scolaires et a grassement rémunéré des superviseurs pour remplacer les conseillers et diriger de main de fer les conseils. Ces huit conseils scolaires pris ensemble regroupent 733 000 élèves dans la province, soit 36 % de tous les élèves.
Les allégations pour justifier cette prise en charge ne sont pas étayées par des chiffres précis. Oui, les écoles de la province font face à des difficultés financières—n’importe quel enseignant ou parent vous le dira. Mais est-ce vraiment un problème de mauvaise gestion financière?
Le CCPA surveille étroitement le financement de l’éducation en Ontario et s’appuie sur des chiffres précis. Or, nous avons une explication différente. Nos analyses indiquent que l’on demande aux écoles année après année d’en faire plus avec moins. Nous avons atteint le point de rupture, les fissures dans la fondation sont littéralement visibles.
Les données sur le Financement principal de l’éducation rendues publiques hier corroborent malheureusement notre position.
Le financement par élève cette année, une fois ajusté pour l’inflation, est légèrement inférieur au niveau de l’an passé et 180 $ plus bas que celui de l’année scolaire 2018-2019. Dans un système scolaire comptant plus de deux millions d’élèves, chaque compression ajoute aux déficits budgétaires considérables. En 2026-2027, le gouvernement ontarien dépensera 362 millions de dollars de moins pour les écoles de l’Ontario qu’il ne l’a fait en 2018-2019 en dollars réels. Nous continuons de reculer.
L’autre problème des compressions financières, c’est qu’elles s’accumulent. Certaines compressions financières veulent tout simplement dire que des élèves font rater des occasions qui ne reviendront jamais. Mais d’autres créent des pressions financières pour les années à venir: les listes d’attente pour du soutien à l’éducation spécialisée continuent d’allonger, les ressources utilisées en classe ne sont jamais reconstituées, les fuites dans les toits ne sont jamais réparées, les programmes de lutte contre le racisme sont reportés à l’année prochaine, comme le sont les mesures de soutien additionnelles pour les élèves de familles à faible revenu, dont les fonds qui leur sont destinés sont affectés à d’autres priorités. La liste est longue.
Il y a des limites à déshabiller Pierre pour habiller Paul—à la fin, Pierre est flambant nu.
Le déficit de financement accumulé pour les écoles de l’Ontario depuis 2018-2019 a atteint la somme faramineuse de 6,4 milliards de dollars. Il s’agit du montant total qu’ont perdu les conseils scolaires de l’Ontario par rapport à ce qu’ils auraient reçu si leur financement avait suivi le rythme des inscriptions et de l’inflation au cours des huit dernières années, présumant qu’aucun financement additionnel ne sera accordé durant la prochaine année scolaire.
Les superviseurs des huit conseils scolaires sous la gouverne provinciale devront faire face à ces déficits budgétaires.
Comme les graphiques l’indiquent ci-dessous, les huit conseils ont été privés de sommes considérables au cours des dernières années: le Conseil scolaire du district de Toronto de 950 M$, le Conseil scolaire catholique du district de Toronto 290 M$, le Conseil scolaire du district de Peel de 248 M$, le Conseil scolaire du district d’Ottawa-Carleton de 347 M$, le Conseil scolaire catholique du district de York de $123 M$, le Conseil scolaire du district de Thames Valley de 235 M$, le Conseil scolaire catholique du district de Dufferin-Peel de 221 M$ et le Conseil scolaire du district de Near North de 22 M$. Les sommes varient en fonction de la taille du conseil, mais la plupart des déficits représentent de vingt à trente pour cent du financement d’un an.
Ces déficits budgétaires considérables accumulés expliquent de façon beaucoup plus crédible les difficultés financières auxquelles font face les écoles et les conseils scolaires que les allégations de mauvaise gestion financière qui, par ailleurs, n’ont pas été corroborées par des éléments de preuve. Malheureusement, les allocations accordées aux conseils scolaires cette année ne renversent pas la tendance qui nous a mis dans ce pétrin.
Notes méthodologiques
- Le ministère de l’Éducation n’a pas publié les chiffres réels pour 2022-2023 et 2023-2024; notre analyse s’appuie sur des estimations révisées pour ces années.
- Le service de la dette et le financement ponctuel lié à la pandémie, qui ne fait plus partie du Financement principal de l’éducation, sont exclus pour toutes les années.
- Dans des analyses antérieures, les provisions de planification excessivement élevées étaient exclues, mais comme ces montants sont revenus à des niveaux raisonnables, ils sont inclus.



