C’est la solidarité qui rend le « Canada fort »

«Un Canada fort » : voilà le slogan que les communicateurs du gouvernement servent à toutes les sauces depuis un an. On le retrouve au cœur du budget fédéral de 2026 (« Un Canada fort pour tous »), dans l’intitulé du nouveau fonds souverain (« Fonds pour un Canada fort »), et même sur le laissez-passer d’accès gratuit aux parcs nationaux fédéraux. Comment leur en vouloir? C’est un outil marketing redoutable. Assez flou pour plaire à tout le monde, assez habile pour surfer sur le regain de patriotisme face aux menaces américaines, le tout sans s’encombrer de détails. Du prêt-à-porter, adaptable à toutes les occasions.

Mais qu’est-ce que cela signifie réellement, un « Canada fort »? À en juger par les actions du gouvernement fédéral, cette force repose sur les énergies fossiles, les bombes, l’austérité et le pouvoir des entreprises. Depuis l’élection de Mark Carney comme premier ministre, le gouvernement fédéral mène une croisade générationnelle contre les services publics et les capacités de l’État : il supprime des emplois dans la fonction publique fédérale, revient sur les engagements climatiques du Canada, injecte des fonds dans de nouveaux projets liés aux énergies fossiles et augmente le budget militaire à un niveau jamais vu depuis la Seconde Guerre mondiale. Il a abandonné tous les projets de réglementation significatifs du secteur technologique (sous la pression des États-Unis), accordé aux géants de l’agro-industrie le droit d’utiliser des pesticides chimiques jugés dangereux par Santé Canada, et réduit les impôts de la classe des milliardaires canadiens. Et la liste est encore longue.

Bien que le gouvernement fédéral présente ces décisions comme des réponses naturelles et inévitables à la crise provoquée par l’agression américaine, il reste que ce sont des choix. Et à bien des égards, ces choix produiront des effets contraires aux intentions déclarées. Le Canada est-il vraiment fort lorsque le gouvernement fédéral n’a pas la capacité de réglementer l’industrie? Est-il plus fort lorsque son système de santé est démantelé pour être remplacé par un système à l’américaine, fondé sur le principe de l’utilisateur-payeur? Lorsque ses fonctionnaires sont remplacés par des robots conversationnels dotés d’intelligence artificielle? Lorsque des milliards de dollars sont consacrés à des dépenses militaires qui alimentent l’industrie de l’armement américaine?

Répéter le mantra qu’il faut un Canada fort sans apporter d’autres précisions est clairement insuffisant. Certes, c’est louable de vouloir bâtir un pays fort. D’ailleurs, c’est un objectif si large qu’il séduit pratiquement tout le monde. Mais il faut que le gouvernement explicite sa vision.

Nous proposons donc d’ajouter à ce slogan une valeur à laquelle la population canadienne est très attachée : la solidarité. Les Canadiennes et les Canadiens accordent une grande importance à la solidarité et à la dignité. Cette valeur est l’un des principaux éléments qui nous distinguent des États-Unis. C’est grâce à elle que nous disposons d’un système de santé universel, d’un filet de sécurité sociale, d’un système d’éducation plus abordable et d’une vie civique dynamique. Cette valeur est ancrée dans l’identité canadienne; il faut qu’elle soit au cœur de tout ce qui vise à construire un « Canada fort ».

Le Budget fédéral alternatif de cette année concrétise ces principes. Il montre à quoi ressemblerait un gouvernement fédéral ambitieux et déterminé à faire du Canada un pays dont la force repose sur un engagement en faveur de la solidarité et de la dignité pour tous.

Le gouvernement fédéral a les moyens d’atteindre ces objectifs. Le Plan du BFA le démontre pour chaque secteur de l’économie canadienne. Qu’il s’agisse de construire des infrastructures au service de la population canadienne, d’améliorer la protection des travailleuses et des travailleurs ou de consolider notre système de santé, ce plan est la feuille de route à suivre pour bâtir un Canada dont la force est ressentie par chaque personne qui l’habite.

Comme toujours, le BFA de cette année est le fruit d’une collaboration étroite avec un large éventail d’experts et de mouvements sociaux. Grâce à cet effort collectif, il s’impose comme un document phare pour les progressistes canadiens. C’est une plateforme unique et cohérente qui expose une vision concrète et chiffrée du pays telle que portée par les forces progressistes. Cette vision s’appuie sur l’expérience collective d’innombrables organisations et campagnes à travers le pays.

C’est également un point de référence, une vision réaliste et réalisable du Canada tel qu’il pourrait être si les décideurs politiques se montraient ambitieux et choisissaient d’allier force et solidarité.

Les derniers budgets fédéraux s’apparentaient à une liste de souhaits des élites patronales canadiennes. Le Budget fédéral alternatif exprime, cette année comme toujours, la liste de souhaits des gens de la base : celle des travailleuses et travailleurs et des mouvements qu’ils ont créés. Nous souhaitons, avant tout, qu’il sache se rendre utile.


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