Résumé
Cinq ans après le début du Programme pancanadien d’apprentissage et de garde des jeunes enfants (PPAGJE), le présent rapport se penche sur le paysage mouvant des frais de garde en service de garde agréé dans 35 des grandes villes canadiennes et nous comparons les données de 2026 à celles de l’année de référence d’avant le PPAGJE (2019).
Certes, des progrès ont été réalisés : les coûts sont moins élevés maintenant, mais la plupart des frais de garde au Canada ne sont pas10 $ par jour. Cinq provinces et un territoire ont fixé leur tarif à 10 $ par jour au maximum : Terre-Neuve-et-Labrador, Île-du-Prince-Édouard, Manitoba, Saskatchewan et Nunavut. Le bas tarif de 9,65 $ au Québec était en vigueur avant le PPAGJE. Trois autres provinces fixent leurs tarifs, mais ils sont supérieurs à 10 $ par jour. Dans les quatre provinces et territoires restants, les tarifs varient d’un fournisseur de services de garde à l’autre.
Ces provinces et territoires sans tarif à 10 $ par jour font valoir que, lorsque l’on inclut les subventions accordées aux familles à faible revenu, la moyenne des frais de garde est de 10 $ par jour.
Tarification dans les principales villes
Frais de garde pour poupons
Les frais de garde pour poupons dans onze des 35 villes sont maintenant 10 $ par jour, notamment à St. John’s, Charlottetown, Winnipeg, Regina, Saskatoon et Iqaluit (et au Québec, ils sont 9,65 $ par jour dans les villes de Gatineau, Laval, Longueuil, Montréal et Québec). À Lethbridge, Calgary et Edmonton, les frais de garde pour poupons sont 15 $ par jour, ils sont 19 $ par jour à Saint-Jean, Moncton et Fredericton, 22 $ par jour dans toutes les villes ontariennes et 23 $ par jour à Halifax. Les villes de la Colombie-Britannique font figure de retardataires : les frais de garde pour poupons vont de 28 $ par jour à Kelowna à 52 $ par jour à Richmond.
Frais de garde pour enfants d’âge préscolaire
Comme pour les poupons, la plupart des parents dans les villes incluses dans ce rapport ne paient pas 10 $ par jour pour la garde de leurs enfants d’âge préscolaire. Certains oui : notamment au Québec, en 2026, dans les villes de Gatineau, Laval, Longueuil, Montréal et Québec, les parents d’enfants d’âge préscolaire paient un montant fixe de 9,65 $ par jour. À Charlottetown, St. John’s, Winnipeg, Saskatoon, Regina et Iqaluit, les parents paient 10 $ par jour pour la garde de leurs enfants d’âge préscolaire. Les frais de garde pour les enfants d’âge préscolaire sont 15 $ par jour à Edmonton et Calgary, 16 $ par jour à Saint-Jean, Moncton et Fredericton, 22 $ par jour dans les grandes villes de l’Ontario et 23 $ par jour à Halifax, où les prix courants du marché s’appliquent. Ici encore, la C.-B. traîne derrière : les frais de garde pour enfants d’âge préscolaire varient de 24 $ à 42 $ par jour respectivement dans Kelowna et Richmond.
Économies substantielles
Les économies de loin les plus substantielles pour les parents de poupons sont à Toronto. Les parents épargnent plus de 1 800 $ par mois comparativement au prix ajusté à l’inflation qu’ils auraient dû payer sans le PPAGJE. Les parents dans les villes banlieues autour de Toronto (Mississauga, Richmond Hill, Brampton, Vaughan, Markham et Oakville) économisent également de 1 300 $ à 1 500 $ pour la garde de leurs poupons. Les tarifs étaient tellement élevés avant le PPAGJE que leur réduction et leur régularisation ont généré plus d’économies en Ontario que dans les autres provinces qui avaient gardé les frais de garde sous contrôle avant 2019.
Les parents de poupons à Iqaluit épargnent 1 374 $ en frais de garde à comparer à ce qu’ils paieraient sans le PPAGJE. Dans la plupart des autres villes du Canada, grâce au PPAGJE, les parents économisent de 500 $ à 1 000 $ par mois pour la garde de leurs poupons.
C’est maintenant dans les villes de la Colombie-Britannique que les frais de garde pour poupons sont les plus élevés au pays. Et malgré cela, les parents économisent comparativement à ce qu’ils paieraient sans le PPAGJE. Même si l’épargne est beaucoup moindre qu’ailleurs au Canada, les parents de poupons dans les villes de la C.-B. économisent de 300 $ à 500 $ par mois.
Les services de garde en Colombie-Britannique et Nouvelle-Écosse appliquent les tarifs courants du marché, chaque fournisseur ayant sa propre structure tarifaire. Ce sont les systèmes les plus complexes pour les parents et dans lesquels les frais de garde sont les plus élevés. Des microdonnées de la C.-B. indiquent que les tarifs dans les garderies à but lucratif (BL) sont systématiquement plus élevés que dans les garderies sans but lucratif (SBL). On voit aussi que les parents de la C.-B. paient des frais de garde très variés, certains 10 $ par jour, mais pour la plupart, beaucoup plus.
La prochaine phase de création au Canada du système de services de garde à l’enfance exige un plan à long terme pour remplir les engagements pris par le gouvernement fédéral en 2021. En juin 2026, le gouvernement fédéral a augmenté d’un tiers le financement du PPAGJE, ce qui équivaut à 5,4 milliards de dollars de plus sur deux ans. La première ronde de financement du PPAGJE a été fédérale. Il est temps que toutes les provinces et tous les territoires fassent leur part.
Bâtir un système de services de garde qui fonctionne pour tous—les familles, les femmes, les enfants et l’économie—nécessitera du financement stable et accru, des politiques détaillées et de la planification à long terme afin de tenir la promesse de services de garde abordables, accessibles et de qualité élevée pour tous.
Introduction
La création du Programme pancanadien d’apprentissage et de garde des jeunes enfants (PPAGJE) a changé la donne pour les parents canadiens pour ce qu’ils doivent payer afin de faire garder leurs enfants. Dans le budget fédéral de 2021, le gouvernement Trudeau a annoncé un plan historique de services de garde à 10 $ par jour, lequel recevrait du financement massif sur plusieurs années du gouvernement fédéral. De 2021 à 2022, les provinces et les territoires ont tous accepté (avec plus ou moins d’enthousiasme selon le cas) de travailler en collaboration avec le gouvernement fédéral à transformer le marché canadien des services de garde pour en faire un véritable système d’apprentissage et de garde des jeunes enfants.1Accords sur l’apprentissage et la garde des jeunes enfants. https://www.canada.ca/fr/accord-apprentissage-garde-jeunes-enfants/accords-provinces-territoires.html.
Le nouveau programme s’appliquait aux garderies agréées (et CPE au Québec) et aux services de garde en milieu familial réglementés accueillant des enfants âgés de six ans et moins. Ce pouvait être des garderies et des SGMF réglementés offrant des services pleine journée ou à mi-temps. Et les enfants fréquentant la maternelle qui avaient besoin d’un service de garde avant et après l’école étaient inclus. Le gouvernement fédéral et les provinces et territoires ont convenu que le système serait fondé sur les principes communs suivants : abordabilité, accessibilité, qualité et inclusion. Le programme était imaginé et conçu pour être ouvert à tous, c’est-à-dire universel.
Au tout début, le gouvernement fédéral a fixé deux objectifs précis en matière d’abordabilité. Premièrement, une première réduction des frais de garde de cinquante pour cent au cours de la première année et deuxièmement, la réduction de tous les frais de garde pour atteindre en moyenne 10 $ par jour par enfant en 2026. Les provinces et les territoires se sont tous dotés d’objectifs chiffrés précis de nouvelles places à créer sur cinq ans et ont convenu que la croissance se déroulerait « principalement » dans les secteurs à but non lucratif et public. Il a été question d’autres objectifs importants, comme d’améliorer la rémunération et les conditions de travail du personnel, assurer la qualité des services et renforcer l’inclusion, mais on ne les a pas vraiment définis.
L’avènement du PPAGJE est survenu à un moment où les frais de garde au Canada augmentaient constamment et souvent à un rythme beaucoup plus accéléré que l’inflation.2Voir par exemple : David Macdonald et Martha Friendly, Stades de développement : Les frais de garde d’enfants dans les plus grandes villes du Canada—2018. Centre canadien de politiques alternatives, février 2019. En cette fin des premiers accords sur cinq ans du PPAGJE—ils ont pris fin le 31 mars 2026—on observe que les frais de garde et les structures tarifaires ont énormément changé partout au pays. Même si la plupart des tarifs ne sont pas10 $ par jour (comme nous le verrons), ils sont considérablement plus bas qu’ils l’étaient avant le PPAGJE. Et élément important, certaines attitudes et idées sur l’apprentissage et la garde des jeunes enfants ont changé. On constate effectivement une hausse de l’appui aux services de garde financés à même les fonds publics en tant qu’infrastructure sociale et économique essentielle.
De nombreux parents qui ont obtenu une place à tarif réduit déclarent que cela « a changé leur vie ». Ils ont pu réintégrer le marché du travail, poursuivre des études, consolider leur situation financière et réduire le stress dans la famille.
Évidemment, les tarifs réduits ne sont qu’une partie des changements importants au chapitre des services de garde attribuables au PPAGJE. Mentionnons notamment l’augmentation considérable du nombre de places (quoique toujours insuffisantes) et l’amélioration et la régularisation des salaires versés aux éducatrices et éducateurs de la petite enfance (quoique ni suffisants ni généralisés pour le moment). Ces deux piliers d’un système de garde à l’enfance (la rémunération et l’offre), bien que moins visibles pour les parents, sont des pièces essentielles pour bâtir et développer un système d’apprentissage et de garde des jeunes enfants viable et équitable.
Notre rapport de cette année sur les frais de garde examine les tarifs médians dans 35 grandes villes du Canada. Il s’intéresse aux tarifs de « base » sans prendre en compte les frais additionnels ou supplémentaires devenus de plus en plus fréquents dans certaines provinces. Ainsi, certaines garderies facturent les repas en plus, l’ajout d’un enfant à la liste d’attente ou la fréquentation à des heures non usuelles. Dans le passé, nous avons analysé ces frais additionnels et leur fréquence,3MacDonald, D. &, M., Le prix n’est pas encore le bon : Les frais de garde n’atteignent pas l’objectif de 10 $ par jour. Centre canadien de politiques alternatives ( https://www.policyalternatives.ca/news-research/le-prix-nest-pas-encore-le-bon-les-frais-de-garde-natteignent-pas-lobjectif-de-10-par-jour/ ). mais nous ne l’avons pas fait cette année.
En outre, la majorité des provinces et des territoires accorde des subventions aux familles à faible revenu admissibles afin de réduire les tarifs de base à payer. Ces subventions établies en fonction du revenu de la famille ne sont pas examinées dans le présent rapport. L’analyse en profondeur des subventions pour frais de garde fondées sur le revenu, autant avant qu’après l’avènement du PPAGJE, est d’une telle complexité qu’elle mériterait sa propre étude.
La différence de prix en fonction de l’âge des enfants (catégories poupons, bambins et enfants d’âge préscolaire) est beaucoup moins fréquente maintenant qu’avant le PPAGJE, de sorte que nous présentons uniquement les frais de garde des catégories poupons et enfants d’âge préscolaire.
Au-delà des avancées importantes survenues au cours des cinq années du PPAGJE, un des constats les plus frappants est ce qui ne s’est pas produit en matière d’abordabilité au cours de la dernière année : les provinces et les territoires où les tarifs étaient aux prix courants du marché en 2025 ont conservé ce régime; les provinces et les territoires qui n’avaient pas ramené leurs frais de garde à 10 $ par jour en 2025 ne l’ont toujours pas fait; et là où les frais de garde variaient en fonction de l’âge, c’est toujours le cas. De plus, le problème criant de l’abordabilité pour les familles à faible revenu est demeuré inchangé en 2026, l’Alberta4Le 1er avril 2025, l’Alberta a mis fin à son programme de subvention des frais de garde. Voir la fiche d’information pour les services préscolaires Early Learning and Child Care ‘What’s Changing’, gouvernement de l’Alberta, 2025, https://open.alberta.ca/dataset/9bce7fbd-7d52-40d2-84d0-cdfd36668b9a/resource/91125452-78b9-4676-814c-3eec79b30b58/download/jet-early-learning-child-care-whats-changing-preschools-2025.pdf. et la Saskatchewan5En janvier 2024, la Saskatchewan a annulé sa subvention pour les frais de garde, mais les familles à faible revenu admissibles peuvent avoir recours au Supplément à l’emploi de la Saskatchewan, en place depuis un certain nombre d’années, qui couvre des dépenses liées à l’emploi, comme le transport. Il inclut maintenant les frais de garde d’enfants : Gouvernement de la Saskatchewan, The Saskatchewan Employment Incentive is now Open for Applications, le 25 janvier 2024, https://www.saskatchewan.ca/government/news-and-media/2024/january/25/the-saskatchewan-employment-incentive-is-open-for-applications. ayant annulé leurs programmes de subventions pour les familles à faible revenu.
Dans notre rapport de 2025, nous avions indiqué que puisque les frais de garde avaient été considérablement réduits, régularisés et stabilisés avec l’avènement du PPAGJE, vraisemblablement ce serait le dernier de notre série de rapports sur le sujet. Toutefois, depuis la publication du rapport de 2025, le climat politique entourant les services de garde et leur amélioration continue a changé. Le financement accru et soutenu du gouvernement fédéral est devenu incertain et quelques provinces proposent un retour aux approches plus complexes d’avant le PPAGJE, comme d’appliquer des tarifs élevés fondés sur le revenu pour les parents à revenu moyen.6Katie DeRosa, B.C. premier says ‘significant decision’ coming from Ottawa on $10-a-day child care,” CBC News, January 20, 2026, https://www.cbc.ca/news/canada/british-columbia/bc-ottawa-10-dollar-a-day-childcare-decision-eby-9.7053715.
Changements importants au chapitre des frais de garde versés par les parents
La transformation de la façon dont les services de garde agréés sont financés est une des réalisations les plus significatives du PPAGJE. Avant le PPAGJE, le coût des services de garde agréés était principalement couvert par les frais de garde que versaient les parents. Aujourd’hui, le financement de fonctionnement provenant du gouvernement fédéral et des gouvernements provinciaux et territoriaux a remplacé en grande partie les recettes générées par les contributions parentales, rendant les services de garde beaucoup plus abordables pour la plupart des familles. Avant le PPAGJE :
- Les frais de garde étaient presque tous beaucoup plus élevés qu’aujourd’hui et ils augmentaient sans cesse plus rapidement que le taux d’inflation.
- Seules quatre provinces affichaient des tarifs déterminés (fixés) par le gouvernement (à hauteur différente, comme actuellement). Les provinces où les tarifs étaient fixés par le gouvernement étaient Terre-Neuve-et-Labrador, l’Île-du-Prince-Édouard, le Québec et le Manitoba.
- Les tarifs variaient beaucoup plus en fonction de l’âge des enfants; les frais de garde pour les poupons, les bambins et les enfants d’âge préscolaire étaient différents dans presque toutes les provinces et tous les territoires. Les frais de garde étaient plus élevés pour les poupons et moins chers pour les enfants d’âge préscolaire.
Pendant les cinq premières années du PPAGJE, les frais de garde ont connu trois changements fondamentaux :
- Dans les provinces et les territoires qui fonctionnent avec les deux régimes, à savoir des tarifs fixés par le gouvernement et des tarifs qui suivent le cours du marché, les frais de garde sont nettement moins élevés. Quoique, dans certaines provinces, les frais de garde suivent encore les prix courants élevés du marché avec peu d’intervention gouvernementale, comme c’était le cas avant le PPAGJE.
- Les provinces et les territoires appliquent presque tous la formule des tarifs déterminés, sauf la Nouvelle-Écosse, la Colombie-Britannique,7La Colombie-Britannique a des places à 10 $ par jour, mais il s’agit d’une petite minorité de places dans toutes les villes que nous avons étudiées. Vancouver est la ville le plus près d’atteindre l’objectif avec un peu moins de la moitié de ses places à 10 $ par jour. le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest, où s’appliquent encore principalement les tarifs aux prix courants du marché, lesquels diffèrent d’un fournisseur de services de garde agréés à l’autre—bien que l’augmentation annuelle des frais de garde et les tarifs des nouveaux services de garde soient parfois contrôlés par les gouvernements.
- Les frais de garde différents en fonction de l’âge des enfants ne sont plus la norme, ils sont l’exception. La presque totalité des provinces et des territoires a maintenant opté pour un tarif identique pour tous les groupes d’âge. Parmi les provinces et les territoires où les tarifs sont fixés par le gouvernement, seul le Nouveau-Brunswick a conservé des tarifs variables en fonction de l’âge des enfants.
Comme nous l’avions souligné en 2023, les frais de garde déterminés simplifient grandement le système pour les parents et ils assurent un certain niveau de transparence et de la simplicité du point de vue administratif. Les parents n’ont plus à s’informer auprès des garderies ou des services de garde en milieu familial agréés de leurs tarifs, car ils sont identiques partout. Les parents peuvent alors se concentrer sur choisir le service qui correspond le mieux aux besoins de leurs enfants et de leur famille.
Comme l’illustre le tableau 1, quatre provinces et territoires ont conservé certains aspects des tarifs aux prix courants du marché. Ce qui veut dire que les garderies et les services de garde en milieu familial réglementés (ou les agences de SGMF là où ce modèle est en vigueur) fixent leurs propres tarifs, lesquels sont réduits par des « subventions publiques » versées aux fournisseurs. Par conséquent, même si le gouvernement provincial ou territorial est le principal bailleur de fonds et assume en grande partie les coûts liés à la prestation des services de garde, c’est la contribution gouvernementale qui est déterminée; le tarif « à l’entrée » est établi par le fournisseur lui-même (quoique contrôlé dans une certaine mesure par le gouvernement provincial ou territorial). Pour les parents, cette formule est beaucoup moins transparente et plus complexe : les parents risquent de ne pas pouvoir prédire le montant qu’ils devront débourser et peuvent finir par payer des montants très variables, dépendamment de l’installation où ils parviennent à trouver une place dans un contexte d’offre limitée.
Ces programmes de réduction de frais de garde sont plutôt complexes, comme on peut le voir dans le tableau 2, où la contribution gouvernementale varie parfois en fonction de l’âge des enfants et du type de service de garde (milieu familial vs garderie), comme c’est le cas en Colombie-Britannique. En outre, la province ou le territoire permet parfois d’augmenter les frais de garde au fil du temps, comme en C.-B., où la province autorise une hausse de trois pour cent, avec quelques exceptions. Ailleurs, en Nouvelle-Écosse notamment, les frais de garde sont gelés comme ils l’étaient en Ontario avant l’adhésion à la formule des tarifs déterminés. Et pour compliquer les choses encore davantage, alors que les prix courants du marché s’appliquent à la plupart des places dans ces quatre provinces et territoires, en Colombie-Britannique, il y a deux systèmes de réduction des frais de garde. Dans le premier système, on réduit essentiellement une partie du prix courant en vigueur. Dans le deuxième système, les frais de garde des services de garde qui font partie du programme sont de 10 $ par jour, mais cela ne s’applique qu’à une faible minorité de places.
Comme l’illustre le tableau 2, les systèmes dans les provinces qui fonctionnent avec des tarifs aux prix courants du marché sont plus difficiles à comprendre et à naviguer, les frais de garde variant—parfois considérablement—d’un fournisseur de services à l’autre, et ce, dans une même ville.
Cette complexité s’avère un obstacle à l’accès des familles à faible revenu qui ont du mal à se démêler dans le système de subventions fondées sur le revenu, même lorsqu’il est généreux.8Laudine Carbuccia et col., A Randomized Controlled Trial on the Effect of Administrative Burden and Information Costs on Social Inequalities in Early Childcare Access in France, Nature Human Behaviour 10, no. 1 (janvier 2026): 64, https://doi.org/10.1038/s41562-025-02293-4.
Hormis le niveau de leurs tarifs, les provinces et les territoires peuvent se répartir en quatre catégories en fonction de la complexité de leur structure tarifaire, comme on le voit dans le tableau 3. Dans huit des provinces et territoires, le tarif est le même dans chaque garderie et service de garde en milieu familial (SGMF) participant au PPAGJE, peu importe le groupe d’âge (pourvu que ce soit pour des enfants âgés de six ans et moins). Il s’agit du système le plus facile à comprendre pour les parents : le tarif est le même partout.
Le Nouveau-Brunswick affiche des tarifs provinciaux déterminés, mais ils varient en fonction de l’âge et de la région, ce qui les rend plus difficiles à comprendre que dans les autres provinces à tarifs déterminés.
En Colombie-Britannique, une petite minorité des services de garde agréés est offerte dans des garderies et des SGMF à 10 $/jour pour une place en journée complète et à 7 $/jour pour une place à mi-temps, peu importe l’âge des enfants. Par conséquent, ce volet du système est facile à comprendre. Par ailleurs, une majorité des services de garde agréés est offerte dans des garderies et des SGMF affichant chacun des tarifs différents et qui varient aussi en fonction des groupes d’âge. Ce volet du système de la C.-B. correspond à la catégorie la « plus complexe » du tableau 3; les frais de garde peuvent varier pour chaque fournisseur et sont également habituellement différents selon l’âge des enfants.
La catégorie la plus complexe inclut les Territoires du Nord-Ouest, le Yukon et la Nouvelle-Écosse, où tous les fournisseurs appliquent des tarifs différents, des tarifs qui varient également dans la garderie en fonction de l’âge de l’enfant.
Il est intéressant de souligner que la catégorie la « plus complexe » était la norme presque partout au Canada avant l’avènement du PPAGJE.
Comme mentionné précédemment, ce ne sont pas toutes les places qui font partie du PPAGJE. Dans certaines provinces, une minorité importante de places se trouve à l’extérieur du programme, quoique toujours beaucoup moins que cinquante pour cent. La figure 1 présente le pourcentage de places à l’extérieur du PPAGJE qui peuvent demander le prix que le marché est prêt à supporter. Le pourcentage le plus élevé de places aux tarifs non fixés par le gouvernement se trouve au Québec, à vingt pour cent.
Le PPAGJE a-t-il tenu la promesse de fournir des services de garde à l’enfance à 10 $ par jour?
L’objectif le plus visible du PPAGJE pour le grand public était celui de réduire les frais de garde afin que les parents paient 10 $ par jour pour leurs services de garde. Mais le libellé dans l’annonce initiale et dans tous les accords subséquents mentionnait spécifiquement « une moyenne de 10 $ par jour ».9Voir par exemple : Accord entre le Canada et l’Alberta sur l’apprentissage et la garde des jeunes enfants à l’échelle du Canada, article 1.0, gouvernement du Canada et gouvernement de l’Alberta, https://www.canada.ca/fr/accord-apprentissage-garde-jeunes-enfants/accords-provinces-territoires/alberta-echelle-canada-2021.html#h2.4. Six provinces et territoires ont fait le choix stratégique de s’engager à imposer un plafond ou un maximum de 10 $ par jour par enfant. Dans ces endroits, tous les parents paient maintenant 10 $ par jour. Il s’agit de Terre-Neuve-et-Labrador, de l’Île-du-Prince-Édouard, du Manitoba, de la Saskatchewan et du Nunavut. Le bas tarif de 9,65 $ au Québec en 2026 était en vigueur avant le PPAGJE.10Le Québec avait adopté des tarifs beaucoup plus bas que 10 $ par jour bien avant le PPAGJE. La province n’est pas régie par le PPAGJE et même si elle indexe annuellement son tarif au coût de l’inflation, il demeure inférieur à 10 $ par jour.
Deux autres provinces—l’Ontario et l’Alberta—appliquent aussi des frais de garde maximum déterminés, soit 22 $ par jour en Ontario et 15 $ par jour en Alberta. L’Ontario décrit aussi ses frais de garde comme étant « en moyenne » 19 $ par jour, incluant ses subventions pour frais de garde. Mais, les parents non subventionnés paient tous 22 $ par jour.
En pratique, deux autres facteurs déterminent le montant que paient les parents. Le premier facteur ce sont les régimes de subvention qui couvrent une partie ou l’ensemble des frais de garde pour les familles admissibles à faible revenu. Il s’agit d’une pratique qui date de l’époque du Régime d’assistance publique du Canada, même si plusieurs provinces ont depuis abandonné leurs programmes de subvention pour les familles à faible revenu : Le Québec l’a fait en septembre 1997 lorsqu’il a commencé à subventionner le fonctionnement des services de garde et a fixé au départ les frais de garde à 5 $ par jour.11Pierre Fortin, Luc Godbout, et Suzie St-Cerny, Lessons from Quebec’s Universal Low-Fee Childcare Programme, Progressive Review 19, no 2 (août 2012), https://www.ippr.org/articles/lessons-from-quebecs-universal-low-fee-childcare-programme. La Saskatchewan et l’Alberta ont aboli leurs programmes de subvention des frais de garde beaucoup plus récemment, après l’avènement du PPAGJE. Ce qui peut faire toute la différence pour les familles à faible revenu, surtout celles qui ont plus d’un enfant et pour qui même des frais de garde fixés à 10 $ ou 15 $ par jour sont un obstacle insurmontable pour accéder à un service de garde agréé, s’ils suivent, par exemple, une formation ou sont à la recherche d’un emploi. Le présent rapport n’étudie pas plus en détail les programmes de subvention des frais de garde.
Le deuxième facteur qu’il faut avoir l’esprit, ce sont les frais « additionnels » ou « supplémentaires », lesquels n’ont pas été analysés en profondeur. Quoique notre rapport sur les frais de garde en 2025 fournisse des données préliminaires à leur sujet.12David Macdonald Le prix n’est pas encore le bon : Les frais de garde n’atteignent pas l’objectif de 10 $ par jour, Centre canadien de politiques alternatives, 2025 https://www.policyalternatives.ca/news-research/le-prix-nest-pas-encore-le-bon-les-frais-de-garde-natteignent-pas-lobjectif-de-10-par-jour/. Le présent rapport porte uniquement sur les tarifs « de base » et exclut les frais ajoutés qui deviennent de plus en plus fréquents dans certaines provinces, où des fournisseurs de services de garde peuvent facturer les repas (plutôt élevés parfois), les heures de garde non usuelles, l’inscription à une liste d’attente, ainsi de suite.
Dans cette dernière partie de notre rapport, nous examinons en détail les frais de garde dans certaines grandes villes au Canada.
Frais de garde pour poupons en 2026
La catégorie des poupons inclut généralement des enfants âgés de 18 mois à deux ans et plus jeunes, mais ces critères varient quelque peu par province et territoire. Il s’agit de la tranche d’âge la plus jeune et qui coûte le plus cher à servir dans un régime aux prix courants du marché, car le ratio éducatrice-enfant (l’encadrement des enfants) est le plus élevé. La garde des poupons est le type de service de garde en journée complète le moins fréquent à cause, en grande partie, du coût plus élevé des effectifs requis.13Voir le tableau 1 dans Martha Friendly et col. (2026) Early Childhood Education and Care in Canada 2024/25, Childcare Resource and Research Unit, 2026, https://childcarecanada.org/publications/ecec-canada/26/02/early-childhood-education-and-care-canada-2024-2025. Donc, pour les parents à la recherche d’un service de garde pour leurs poupons—généralement pour retourner au travail après un congé parental—il est habituellement très difficile de trouver une place, peu importe le tarif demandé.
Comme nous l’avons mentionné, grâce au PPAGJE, il y a effectivement des parents dans beaucoup de grandes villes au Canada qui paient maintenant 10 $ ou moins par jour pour une place poupon. C’est le cas dans toutes les villes du Québec incluses dans notre rapport, le tarif poupon en 2026 étant légèrement inférieur à 10 $ par jour, soit à 9,65 $ par jour. Ces villes sont Gatineau, Laval, Longueuil, Montréal et Québec. Se joignent à ces parents du Québec, des parents des villes de St. John’s et de Charlottetown sur la côte est et des parents des villes de Winnipeg, Regina et Saskatoon dans les Prairies, des villes qui offrent des places pour poupons à 10 $ par jour. Les parents qui habitent la capitale Iqaluit dans le Grand Nord profitent également de places poupons à 10 $ par jour.
Dans onze des 35 villes incluses dans notre rapport, la garde de poupons à 10 $ par jour est déjà une réalité. Pour les villes qui restent, autant celles où les frais de garde sont fixés par le gouvernement et celles où s’appliquent les prix courants du marché, ce n’est pas le cas.
Dans les villes de Lethbridge, Calgary et Edmonton en Alberta, les frais de garde pour les poupons sont de 15 $ par jour, tandis que le tarif quotidien le plus fréquent pour la garde de poupons est autour de 20 $ par jour dans seize villes de la province. C’est le cas aussi dans les villes de Saint-Jean, Moncton et Fredericton au Nouveau-Brunswick, où les parents paient 19 $ par jour pour une place poupon. Les parents dans toutes les villes de l’Ontario paient maintenant 22 $ par jour pour une place poupon comprise dans le PPAGJE.
La ville de Halifax (et en Nouvelle-Écosse en général) ainsi que les villes de la C.-B. sont coincées entre l’ancien monde des tarifs aux prix courants du marché et le nouveau monde des tarifs fixés. On constate le phénomène dans la figure 2 où ce sont les villes qui ont des régimes aux prix courants du marché qui affichent les frais de garde les plus élevés au Canada. À Halifax, les frais de garde médians pour poupons sont de 23 $ par jour.
Les villes de la C.-B. traînent pour ce qui est de la réduction des tarifs : les frais de garde pour poupons varient de 28 $ par jour à Kelowna à 52 $ par jour à Richmond, une banlieue de Vancouver.
Frais de garde pour enfants d’âge préscolaire en 2026
Il y a souvent une catégorie « bambins » qui s’insère entre les catégories « poupons » et « enfants d’âge préscolaires » dans la plupart des provinces et territoires. Toutefois, avec la simplification des structures tarifaires, cette catégorie se différencie beaucoup moins que par le passé, même si elle comporte des exigences réglementaires qui lui sont propres. Nous avons donc exclu la catégorie « bambins » de notre comparaison des frais de garde.
La catégorie « enfants d’âge préscolaire » correspond aux enfants sur le point d’entrer à l’école publique et regroupent en gros les enfants âgés de trois ans à quatre ou cinq ans, tout dépendant si dans la province ou le territoire en question on offre la maternelle quatre ans et cinq ans. Dans un régime de tarifs aux prix courants du marché, les fournisseurs de services appliquent souvent des tarifs moins élevés pour les enfants d’âge préscolaire que pour les poupons parce que le ratio éducatrice-enfant est moins élevé. Les places destinées aux enfants d’âge préscolaire sont les plus fréquentes, de sorte qu’elles sont plus faciles à trouver pour les parents que les places poupons.
Comme pour les places poupons, la plupart des parents dans les villes incluses dans notre rapport ne paient pas 10 $ par jour pour la garde de leurs enfants d’âge préscolaire. Certains oui : notamment au Québec, en 2026, dans les villes de Gatineau, Laval, Longueuil, Montréal et Québec, les parents d’enfants d’âge préscolaire paient la somme fixe de 9,65 $ par jour. Les parents des villes de Charlottetown et de St. John’s du Canada atlantique paient 10 $ par jour pour la garde de leurs enfants d’âge préscolaire. Les parents des villes de Winnipeg, de Saskatoon et de Regina dans les Prairies paient également 10 $ par jour pour la garde de leurs enfants d’âge préscolaire, tout comme les parents d’Iqaluit dans le grand Nord.
Les parents des villes de Lethbridge, Edmonton et Calgary en Alberta paient 15 $ par jour pour la garde de leurs enfants d’âge préscolaire, soit cinquante pour cent plus cher que l’objectif de 10 $ par jour. Les parents des villes de Saint-Jean, Moncton et Fredericton au Nouveau-Brunswick (où les frais de garde varient selon d’âge des enfants) paient 16 $ par jour pour la garde de leurs enfants d’âge préscolaire. Les parents des grandes villes de l’Ontario et de Halifax, où s’appliquent les tarifs aux prix courants du marché, paient 22 $ par jour pour la garde de leurs enfants d’âge préscolaire.
Enfin, en Colombie-Britannique, les frais de garde médians varient de 24 $ à 42 $ par jour à Kelowna et Richmond respectivement. En dépit d’une petite minorité de garderies à 10 $ par jour dans la province, le régime de tarifs aux prix courants du marché persiste dans les villes de la C.-B. Les nouvelles garderies appliquent des tarifs plus élevés et les frais de garde grimpent. Les réductions de tarifs consenties par la province—dont la valeur n’a pas changé depuis décembre 2022—s’érodent.
Économies substantielles pour les parents
Dans les rapports précédents de cette série sur les frais de garde, nous comparions les frais de garde de 2019 (année de référence du PPAGJE) aux frais de garde en vigueur l’année du rapport. Mais cette comparaison sous-estime les économies pour les parents. De 2019 à 2026, les prix dans l’ensemble du Canada ont augmenté en général de vingt-quatre pour cent.14Statistique Canada, tableau 18-10-0004-01 https://www150.statcan.gc.ca/t1/tbl1/fr/cv!recreate-nonTraduit.action?pid=1810000401&selectedNodeIds=2D2&checkedLevels=0D1&refPeriods=20190401%2C20260401&dimensionLayouts=layout2%2Clayout2%2Clayout3&vectorDisplay=false&request_locale=fr, avril 2019 à avril 2026 Dans nos rapports d’avant 2019, nous notions que les frais de garde augmentaient à un rythme plus accéléré que l’inflation. C’est ainsi que dans la présente analyse, 2019 sera notre année de comparaison pour les frais de garde de 2026, mais ajustée à l’inflation générale au cours de cette période et non les frais de garde élevés attribuables à l’inflation d’avant 2019. Par conséquent, les économies pour les parents affichées dans les figures 3 et 4 sont vraisemblablement des estimations prudentes.
Les économies des parents pour la garde de leurs poupons depuis l’avènement du PPAGJE sont beaucoup plus importantes que pour leurs enfants plus âgés. Dans la plupart des villes incluses dans notre rapport de 2019, les tarifs aux prix courants du marché s’appliquaient, de sorte que les frais de garde pour poupons étaient beaucoup plus élevés. Puisque la plupart des villes ont maintenant adopté la formule d’un tarif fixé et unique pour tous les groupes d’âge, ce sont les services de garde pour poupons qui génèrent le plus d’économies pour les parents.
Les économies mensuelles de loin les plus importantes pour la garde des poupons ont été à Toronto où les parents épargnent plus de 1 800 $ par mois à comparer aux tarifs ajustés à l’inflation qu’ils devraient payer sans le financement du PPAGJE. Les parents dans les villes de la banlieue autour de Toronto (Mississauga, Richmond Hill, Brampton, Vaughan, Markham et Oakville) économisent également de 1 300 $ à 1 500 $ par mois pour la garde de leurs poupons.
On pourrait être tenté de conclure que le PPAGJE a connu plus de succès en Ontario relativement à la réduction des frais de garde, vu ces économies. Mais cela peut aussi signifier que les tarifs étaient tellement élevés avant le PPAGJE que leur réduction et leur régularisation ont généré plus d’économies en Ontario que dans les autres provinces qui elles avaient contrôlé le coût des services de garde jusqu’en 2019.
Les parents de poupons à Iqaluit économisent 1 374 $ en frais de garde par rapport à ce qu’ils auraient eu à payer sans le PPAGJE. Dans la plupart des autres villes du Canada, grâce au PPAGJE, les parents économisent de 500 $ à 1 000 $ par mois pour la garde de leurs poupons.
Quant aux villes en Colombie-Britannique, les parents qui s’y trouvent paient maintenant le plus cher au pays pour la garde de leurs poupons. Malgré cela, ils économisent à comparer à ce qu’ils devraient payer sans le PPAGJE et même si leurs économies sont bien moindres qu’ailleurs au Canada, les parents de poupons en C.-B. épargnent de 300 $ à 500 $ par mois.
Au Québec, la province qui a la plus longue expérience de frais de garde fixés par le gouvernement et d’un programme de financement de fonctionnement et d’indexation annuelle des frais de garde, il n’y a pratiquement pas d’économies pour les parents si on compare avant le PPAGJE; néanmoins, en 2026, les frais de garde sont à 9,65 $ par jour, les plus bas au Canada.
Les économies des parents pour la garde de leurs enfants d’âge préscolaire sont moins importantes, mais non négligeables. Les épargnes sont moindres parce les frais de garde pour les enfants d’âge préscolaire étaient moins chers en 2019 que pour les poupons dans les régimes aux tarifs déterminés comme dans les régimes aux prix courants du marché. Par conséquent, la plus grande simplicité du point de vue administratif qu’implique un même tarif pour tous les groupes d’âge génère en quelque sorte moins d’économies pour ces parents.
Une fois de plus, utilisant les frais de garde de 2026 ajustés à l’inflation, c’est à Calgary que les économies pour la garde d’enfants d’âge préscolaire ont été les plus considérables, les parents épargnant plus de 1 300 $ par mois grâce au PPAGJE. À Iqaluit, la situation est semblable : les parents épargnent un peu moins de 1 300 $ par mois pour la garde de leurs enfants d’âge préscolaire. À Toronto et dans ses banlieues, grâce au PPAGJE, les parents économisent de 900 $ à 1 000 $ par mois pour la garde de leurs enfants d’âge préscolaire.
Dans beaucoup de grandes villes, les épargnes pour la garde d’enfants d’âge préscolaire attribuables au PPAGJE varient de 400 $ à 800 $ par mois.
Une fois de plus, les parents économisent moins dans les villes de la C.-B., notamment à Richmond, où les parents épargnent seulement 264 $ par mois comparativement à ce qu’ils paieraient sans le PPAGJE (ou le Programme provincial de réduction des frais de garde—CCRFI). En 2019, les frais de garde à Winnipeg, qui sont fixés par le gouvernement, étaient peu élevés. À l’époque, ils variaient selon le groupe d’âge, donc les parents épargnent 335 $ par mois dans cette ville.
Pour les parents du Québec, il n’y a pratiquement pas d’économies en 2026 par rapport aux tarifs de 2019. Le même tarif fixe s’appliquait à tous les groupes d’âge au Québec en 2019. Maintenant, les frais de garde sont indexés annuellement en fonction de l’inflation. En 2026, les frais de garde pour les enfants d’âge préscolaire, comme pour les poupons, sont de 9,65 $ par jour.
Ces données et notre analyse démontrent que la plupart des parents qui ont accès à une place en service de garde financée par le PPAGJE économisent substantiellement comparativement à ce que payaient les parents avant le PPAGJE, surtout lorsque l’inflation est prise en compte. Avant le PPAGJE, les frais de garde pouvaient varier d’une garderie et d’un service de garde en milieu familial agréé à l’autre. Seulement quatre provinces fixaient les tarifs en 2019 (quoique à hauteur variable). Aujourd’hui, seulement quatre provinces et territoires n’ont pas de tarifs déterminés par le gouvernement. En outre, en 2019, les frais de garde variaient beaucoup plus en fonction de l’âge des enfants, ce qui augmentait la complexité.
Dans l’ensemble, lorsque l’on compare les tarifs de 2019 d’avant le PPAGJE à ceux de 2026, le tout ajusté à l’inflation, c’est en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse, deux provinces qui ont conservé les tarifs aux prix courants du marché, que les parents économisent le moins sur leurs frais de garde. Ainsi, il vaut la peine d’examiner de plus près ces provinces fidèles à l’ancien régime des prix courants du marché.
Dans de nombreuses villes, comme nous l’avons mentionné précédemment, les parents paient beaucoup plus que 10 $ par jour. Six provinces et territoires ont décidé que le montant de 10 $ par jour ne devrait pas être une moyenne, mais bien le maximum à payer. Si les autres provinces et territoires suivaient, dans certaines villes, les avantages seraient considérables pour les parents.
Pour les parents de Richmond en C.-B., le passage à un tarif maximum de 10 $ par jour pour la garde de poupons générerait des économies de plus de 900 $ par mois, la somme la plus importante de toutes les villes de la province, vu les frais de garde élevés dans cette ville. Les parents de Vancouver épargneraient 648 $ par mois si les frais de garde étaient à 10 $ par jour, et les parents de Burnaby et Surrey épargneraient 500 $ par mois pour la garde de leurs poupons. Les parents de Halifax épargneraient 282 $ par mois. Les parents de l’Ontario épargneraient 260 $ par mois si on appliquait un tarif de 10 $ par jour plutôt que les 22 $ par jour qu’ils paient actuellement. Les parents de l’Alberta et de la Nouvelle-Écosse feraient des économies de 100 $ à 200 $ par mois, respectivement, si ces provinces adoptaient le tarif de 10 $ par jour pour la garde de poupons.
Les autres villes de notre étude ont déjà adopté un tarif de 10 $ par jour ou moins, de sorte qu’elles ne sont pas incluses dans le tableau.
Persistance des tarifs aux prix courants du marché et commercialisation
La Colombie-Britannique et la Nouvelle-Écosse conservent les tarifs aux prix courants du marché quoique les deux gouvernements gèrent certains aspects des frais de garde. Ainsi, les fournisseurs de services n’ont pas autant de marge de manœuvre qu’ils avaient avant l’avènement du PPAGJE. Toutefois, dans les deux provinces, les garderies et les services de garde en milieu familial agréés peuvent appliquer des tarifs différents d’un service de garde à l’autre. Les parents paient donc tout un éventail de prix outre les médianes susmentionnées. Dans les deux provinces, le paysage des services de garde est différent. Elles ont utilisé des approches stratégiques différentes depuis le début du PPAGJE en 2021.
En Colombie-Britannique, les frais de garde sont en hausse, car les prix à l’entrée augmentent, mais la réduction forfaitaire accordée par la province—dont la valeur a été établie en 2022—n’augmente pas. La réduction forfaitaire des frais de garde en Colombie-Britannique n’a pas changé depuis décembre 2022, mais les frais de garde de base augmentent eux à un taux contrôlé de trois pour cent par année (ou plus avec autorisation spéciale). À moins que le montant forfaitaire en argent versé par la province n’augmente au fil du temps, ce sont les parents qui assument l’écart et pour qui, en fin de compte, les frais de garde nets à payer sont plus élevés.
Nous avons déjà mentionné que les frais de garde sont en hausse dans les villes de la C.-B. et varient considérablement d’un fournisseur de services de garde à l’autre. Les tarifs demandés pour les nouvelles places ajoutées aux réseaux depuis 2021 sont plafonnés en fonction de la région, mais on peut les négocier à la hausse dans des circonstances spéciales. De plus, les tarifs indiqués au tableau 4 ne s’appliquent qu’aux nouvelles garderies. La structure tarifaire des services de garde en milieu familial est différente. Ces tarifs maximums sont fixés au 80e percentile de la fourchette des frais de garde pour les enfants de 18 mois et moins et au 75e percentile pour les autres groupes d’âge.
La mise en service des nouvelles places a pour résultat net d’augmenter la médiane des frais de garde. Les tarifs maximums de ces nouvelles places sont plus élevés que quatre-vingt pour cent des autres tarifs pour les enfants de 18 mois et plus (définition du 80e percentile par rapport au 50e percentile). Au fil du temps, cela exercera plus de pression à la hausse sur les frais de garde. Dans l’ensemble, comprendre et composer avec les frais de garde est un exercice complexe et opaque pour les parents de la C.-B.
Les garderies et les SGMF dans le secteur en croissance—mais au demeurant restreint—des installations à 10 $ par jour en C.-B. perçoivent 10 $ par jour par enfant pour une pleine journée de garde (ou 7 $ par jour pour un mi-temps). La C.-B. compte 12 400 places pleine journée (pour des enfants d’âge non scolaire) à 10 $ par jour,15Base de données du CCPA Childcare Licensing and Accessibility by Region (CLAR) pour les places destinés aux enfants d’âge non scolaire en C.-B., 3e trimestre 2025. ce qui représente douze pour cent de cette catégorie de places. Les parents qui ont la chance d’obtenir une place dans une de ces installations profitent de frais de garde beaucoup moins élevés et d’une formule de tarification plus transparente. Ces programmes ne sont pas répartis équitablement dans les différentes villes de la province : quarante-cinq pour cent des places pour enfants d’âge préscolaire à Vancouver sont à 10 $ par jour, tandis que seulement dix-huit pour cent des places à Kelowna et moins de dix pour cent des places dans Richmond et Surrey sont à 10 $ par jour. Dans certaines régions, comme dans la vallée du Fraser, il n’y a que trois pour cent des places à 10 $ par jour.16Unequal Fees, 10aDay.ca, juillet 2025, https://www.10aday.ca/unfair_fees. Il faut y voir en partie le fait que Vancouver compte un pourcentage beaucoup plus élevé de fournisseurs de services de garde à but non lucratif qui sont plus susceptibles d’être retenus pour participer au programme des places à 10 $ par jour.
La figure 7 présente la répartition de la fourchette de tarifs des places pour enfants d’âge préscolaire dans certaines villes de la C.-B. Nous avons classé les places en C.-B. à partir des tarifs les plus bas au plus élevés, avec des points de repère à dix pour cent du coût le moins élevé, ensuite à vingt-cinq pour cent et ainsi de suite.
La figure 7 montre que Vancouver affiche les frais de garde les plus bas pour la plupart des parents : quarante-cinq pour cent des places pour enfants d’âge préscolaire coûtent aux parents 10 $ par jour. Par contre, Vancouver illustre deux extrêmes : la ville compte également les places qui coûtent le plus cher à Vancouver, vingt-cinq pour cent des familles continuent de payer plus de 46 $ par jour pour une place pleine journée (temps plein) pour leurs enfants d’âge préscolaire. Les places situées dans la tranche supérieure des cinq pour cent coûtent plus de 69 $ par jour aux parents.
Kelowna affiche le tarif médian pour enfants d’âge préscolaire le moins élevé à 24 $ par jour, et ce, malgré le nombre proportionnellement moins élevé de places à 10 $ par jour qui s’y trouvent. Une bonne part des tarifs au centre de sa fourchette joue entre 20 $ et 30 $ par jour et les tarifs dans la tranche supérieure des cinq pour cent sont moins élevés que dans d’autres villes, à 38 $ par jour.
Surrey et Richmond où un peu moins de dix pour cent des places pour enfants d’âge préscolaire coûtent 10 $ par jour, offrant par conséquent moins d’options abordables aux parents. Par contre, les frais de garde les plus élevés dans Surrey ne le sont pas autant que dans Vancouver ou Richmond, qui plafonnent à 59 $ par jour dans la tranche supérieure des cinq pour cent.
Richmond est à égalité avec Vancouver pour ses tarifs médians les plus élevés des villes de la C.-B., comme indiqué précédemment. C’est en partie parce que la ville compte relativement peu de places à 10 $ par jour. Toutefois, même au-delà de ce point, les frais de garde y sont plus élevés que n’importe où ailleurs sur toute l’échelle de distribution des tarifs. À Richmond, vingt-cinq pour cent des parents paient au moins 57 $ par jour pour la garde de leurs enfants. Dans l’ensemble, pour la plupart des parents de Richmond, les frais de garde sont beaucoup plus élevés que dans d’autres grandes villes de la C.- B, peu importe où elles se situent dans l’échelle de distribution des tarifs.
Incidence du type de propriété sur les frais de garde : illustration en C.-B.
Les données sur les frais de garde en Colombie-Britannique fournissent une bonne démonstration de la relation qui existe entre le type de propriété et les frais de garde. Les rapports de cette série sur les frais de garde ont trouvé qu’il y avait historiquement, avant et après le PPAGJE, une corrélation entre le type de propriété de la garderie et les frais de garde. En effet, les tarifs moyens des garderies à but lucratif (BL) dans une ville sont presque toujours plus élevés que ceux des garderies sans but lucratif (SBL).17Voir par exemple la figure 23 du rapport de David Macdonald et Martha Friendly, Tirer la sonnette d’alarme : Répercussions de la COVID-19 sur le secteur des services de garde à l’enfance au Canada, Centre canadien de politiques alternatives, Mars 2021, https://www.policyalternatives.ca/wp-content/uploads/2026/01/Sounding-the-alarm-FR.pdf?x28364.
Dans cette section, nous regroupons les sociétés à but non lucratif, les organismes de bienfaisance et les garderies publiques (municipalité, conseils scolaires et établissements postsecondaires) dans la catégorie « sans but lucratif » (SBL) et toutes les garderies appartenant à des particuliers et les entreprises commerciales dans la catégorie « but lucratif » (BL). Les services de garde en milieu familial ne font pas partie de cette analyse.
Comme le montre la figure 8, à tous les points sur l’échelle de distribution des tarifs, dans toutes les villes, les frais de garde dans les garderies SBL sont moins élevés. La différence la plus marquante est à Vancouver où sur presque tous les points de la figure, les frais de garde des garderies BL sont au moins 30 $ plus chers par jour que ceux des garderies SBL. La chose est attribuable en partie à la proportion relativement plus élevée de places à 10 $ par jour dans Vancouver; en effet, plus de la moitié des places SBL dans la ville sont dans des installations participant au programme à 10 $ par jour. Vancouver affiche, par ailleurs, parmi les frais de garde les plus élevés de toutes les villes, mais ce sont les garderies à but lucratif qui en sont le moteur. Il convient de souligner que les politiques locales de planification à long terme à Vancouver ont mené à ce modèle de propriété. Puisque Vancouver compte deux fois plus de places SBL que de places BL, un nombre plus grand de parents ont accès à des tarifs moins élevés.
Dans Burnaby et Richmond, on constate que les places BL coûtent beaucoup plus cher aux parents—entre 20 $ et 40 $ par jour. La différence est particulièrement désolante dans la fourchette élevée à Burnaby : les places SBL plafonnent à 42 $ par jour, tandis que les places BL atteignent jusqu’à 80 $ par jour. À la différence de Vancouver, Burnaby et Richmond comptent plus de places BL que de places SBL; ainsi, les parents sont beaucoup plus susceptibles d’avoir à payer 20 $ de plus au moins par jour en raison du facteur BL.
Les différences attribuables au type de propriété sont moins frappantes dans Kelowna, les deux modèles (BL et SBL) appliquant des tarifs dans une fourchette variant de 20 $ à 30 $ par jour. Néanmoins, les garderies SBL demeurent moins chers pour les parents à tous les points de la figure.
Si nous comparions les graphiques de distribution des tarifs de la C.-B. à ceux de l’Ontario ou de l’Alberta, d’autres grandes provinces qui ont maintenant adopté les tarifs fixés par le gouvernement, il n’y aurait pas de différences attribuables au type de propriété; la ligne serait droite à 22 $ par jour pour l’Ontario et 15 $ par jour pour l’Alberta.
Il convient de considérer que si la Colombie-Britannique adoptait un régime de tarifs déterminés pour tous les services de garde destinés aux enfants de cinq ans et moins, et pas uniquement pour une petite minorité, au début, les différences de tarifs entre les garderies BL et SBL créeraient d’importantes pressions financières. Le gouvernement provincial devrait supporter le fardeau des coûts supplémentaires attribuables au facteur BL si ces places devaient demeurer dans le giron du PPAGJE.
Les nouvelles places créées depuis l’avènement du PPAGJE l’ont été massivement dans le secteur à but lucratif.18David Macdonald, The Last Mile: Provincial child care expansion at the five-year deadline, Canadian Centre for Policy Alternatives, July 2026, https://www.policyalternatives.ca/news-research/the-last-mile-provincial-child-care-expansion-at-the-five-year-deadline/.
Des pressions similaires sur les coûts existent aussi dans d’autres provinces qui ont fait la transition vers un régime de tarifs déterminés, comme l’Ontario et l’Alberta, quoique d’une manière moins visible. Ces pressions se font en coulisse. Les fournisseurs BL pressent les gouvernements de leur verser des paiements plus élevés et de leur permettre d’augmenter leurs tarifs afin de faire porter aux parents le fardeau des coûts attribuables au facteur BL.
Nouvelle-Écosse
La Nouvelle-Écosse est une autre illustration des tarifs aux prix courants du marché, mais l’approche de la province suivant l’avènement du PPAGJE a été différente de celle de la C.-B.
Même s’il est permis en Colombie-Britannique d’augmenter les tarifs de base, en Nouvelle-Écosse, les tarifs de la plupart des services de garde participant au PPAGJE (ce qui comprend presque tous les services de garde agréés) sont assez contrôlés. Les tarifs des fournisseurs de services de garde qui ont adhéré au PPAGJE en 2021 ont été gelés à ce moment-là et (comme en C.-B.) la réduction forfaitaire provinciale des tarifs pour compenser les coûts est également demeurée au même niveau depuis. Par contre, les frais de garde des nouvelles places ajoutées au système sont fixés comme il est indiqué dans le tableau 5, bien que l’on puisse obtenir l’autorisation de percevoir plus que ces maximums. Cette structure tarifaire est compliquée parce que les frais de garde varient d’une région à l’autre et selon l’âge des enfants. De plus, la Nouvelle-Écosse compte un petit nombre de garderies qui ne participent pas au PPAGJE et qui peuvent demander le prix que le marché est prêt à supporter.
Le gouvernement de la Nouvelle-Écosse souligne que les frais de garde moyens sont de 12,13 $ par jour, incluant toutes les places subventionnées pour les familles à faible revenu et les places pour enfants d’âge scolaire (la tranche d’âge qui suit celle des enfants d’âge préscolaire et pour qui les frais de garde sont les moins élevés).19Hansard, Comité des comptes publics, Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse, le 3 juin 2026, https://www.google.com/url?q=https://nslegislature.ca/sites/default/files/pdfs/committees/pa/pa_20260603.pdf?1381&sa=D&source=docs&ust=1782226204528621&usg=AOvVaw1QMNXi9xkGxE-5HT3awkPc . Toutefois, en examinant la médiane dans la ville de Halifax, on constate que ce tarif s’applique à la fourchette de familles de la classe moyenne avec des enfants dans chaque tranche d’âge et qu’elle n’est pas la moyenne des différences.
La Nouvelle-Écosse et la Colombie-Britannique sont toutes deux coincées entre l’ancien système de tarification fondé sur les prix courants du marché et le plus récent régime de tarifs fixés par le gouvernement, ce qui fait que les frais de garde dans leurs villes ne sont pas seulement les plus chers, mais sont aussi les plus difficiles à gérer pour les parents, chaque fournisseur de services de garde étant susceptible d’appliquer des tarifs différents (quoique moins chers qu’ils ne l’auraient été sans le PPAGJE).
Comme nous l’avons indiqué, remplacer le système des tarifs aux prix courants du marché par le régime de frais de garde fixés par le gouvernement, comme l’ont fait la plupart des provinces et territoires, est une première étape importante. La mesure doit s’accompagner de politiques strictes visant à contrôler les pressions de coûts dictées par des fournisseurs BL, habitués à appliquer des tarifs élevés sans limites à leur marge de profit.
Implications au chapitre des politiques
Les transferts fédéraux aux provinces et territoires pour la garde d’enfants ont été établis dans l’Énoncé économique du printemps à un peu plus de 8 milliards de dollars par année, à tout le moins pour les quatre prochaines années, jusqu’en 2030-2031.20Voir Tableau A1.9, “Un Canada fort pour tous : Mise à jour économique du printemps 2026,” gouvernement du Canada, avril 2026, https://budget.canada.ca/update-miseajour/2026/report-rapport/anx1-fr.html. Toutefois, en juin 2026, à ce montant s’est ajoutée une somme additionnelle de 5,4 milliards de dollars sur deux ans—un surplus d’un tiers, ce qui représente un changement important du financement fédéral, à tout le moins pour les deux prochaines années. Ce qui amène l’investissement fédéral à 11 milliards de dollars pour l’année financière 2026-2027 et l’année financière 2027-2028.21Emploi et Développement social Canada, La ministre de l’Emploi et des Familles annonce un nouveau financement pour assurer des services abordables d’apprentissage et de garde des jeunes enfants au Canada, gouvernement du Canada, le 19 juiu 2026, https://www.canada.ca/fr/emploi-developpement-social/nouvelles/2026/06/la-ministre-de-lemploi-et-des-familles-annonce-un-nouveau-financement-pour-assurer-des-services-abordables-dapprentissage-et-de-garde-des-jeunes-en.html. Cette hausse de financement majeure, si elle se poursuit après les deux prochaines années, pourrait permettre de surmonter les difficultés que souligne notre analyse.
L’annonce de ces nouveaux investissements fédéraux dans la garde d’enfants est un signe encourageant. En effet, des recherches probantes s’accumulent sans cesse et démontrent qu’un système de services de garde bien conçus et financés par les fonds publics génère de solides retombées économiques et financières. Des analyses récentes22Jim Stanford, Powering Growth: Economic benefits from Canada’s $10-per-day early learning and child care program, the Centre for Future Work, November, 2024, https://centreforfuturework.ca/wp-content/uploads/2024/11/Child-Care-Economic-Benefits-Nov2024-FINAL.pdf. 23Michael Baker, Jonathan Gruber et Kevin Milligan, Investing in Mothers? The long-run impact of a universal child care program on maternal work and income, March 2026, https://sites.google.com/view/kevin-milligan/home/research/bgm-childcare3.montrent que les investissements publics dans des services de garde abordables s’autofinancent facilement, notamment en ce qu’ils accroissent la participation des mères au marché du travail qui, à leur tour, paient des impôts et contribuent à la croissance économique. Par conséquent, les investissements soutenus et accrus dans la garde d’enfants sont un volet essentiel d’une stratégie économique fiscalement responsable—il s’agit d’un investissement dans l’infrastructure sociale et pas uniquement d’une dépense.
Les parents peuvent constater que même si les frais de garde ont diminué, ils sont loin d’être à 10 $ par jour à bien des endroits. De plus, même s’il y a un plus grand nombre de places, parce que les frais de garde sont moins élevés, la demande a augmenté et les listes d’attente se sont multipliées. Des règles et des systèmes complexes créent des obstacles pour les parents. Les parents à faible revenu sont souvent laissés pour compte en raison de politiques qui limitent leur accès aux services de garde. L’offre de places est souvent entravée par le manque de financement pour les immobilisations et par un nombre trop restreint d’éducatrices et d’éducateurs qualifiés pour faire fonctionner les services de garde. Sur la base de données probantes, les engagements du PPAGJE donnaient préséance à la création des nouvelles places principalement dans le secteur sans but lucratif, mais la part du lion de la croissance a eu lieu dans le secteur à but lucratif, et ce, avec l’apport des fonds publics du PPAGJE.
Il reste beaucoup de travail à faire comme en témoigne notre rapport. À moins de modifier l’approche de base, ces tendances vont se poursuivre. La prochaine phase pour bâtir le système de services de garde du Canada exige un plan à long terme pour remplir les engagements pris par le gouvernement fédéral en 2021 et énoncés dans la nouvelle loi fédérale et cela exigera aussi plus de planification concertée et fondée sur la recherche de la part des provinces et des territoires. La première ronde de financement du PPPAGJE a été fédérale, mais l’optique était que les dépenses provinciales et territoriales représentent cinquante pour cent du financement. De plus, on devrait continuer de mettre l’accent sur la réduction des frais de garde jusqu’à ce qu’ils atteignent au maximum 10 $ par jour comme promis et non simplement se contenter d’une « moyenne ».
La création du premier système canadien de services de garde à l’enfance a connu de nombreux succès importants. Par contre, personne ne s’attendait à ce que tout le travail se fasse en cinq ans. Bâtir un système de services de garde qui fonctionne pour tous—les familles, les femmes, les enfants et l’économie—exigera du financement stable et accru, des politiques détaillées et de la planification à long terme afin de tenir la promesse de services de garde abordables, accessibles et de qualité élevée pour tous.
À propos de ce rapport
Le présent rapport, l’un d’une série de rapports annuels produits par le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) sur les frais de garde au Canada, documente les variations au fil du temps, compare entre eux les frais de garde d’avant et d’après l’avènement du PPAGJE et examine les différentes approches des provinces et territoires pour améliorer l’abordabilité. Il se penche aussi sur les implications pour l’avenir.
Cette collection de rapports sur les frais de garde du CCPA est l’unique source de données pancanadiennes recueillies et analysées régulièrement sur les tarifs appliqués dans des services de garde à l’enfance réglementés du pays. À partir de son premier sondage réalisé en 2014, le CCPA a rendu compte tous les ans des frais de garde perçus dans les garderies agréées, les CPE et les services de garde en milieu familial réglementés de grandes villes canadiennes, surveillant les tarifs demandés dans l’ensemble du Canada et au fil du temps. Une des forces des rapports sur les frais de garde du CCPA est que la méthode de collecte de données a été uniforme pendant toutes ces années, de sorte que les comparaisons sont possibles d’une année à l’autre et d’une ville à l’autre.
Cette initiative a été lancée afin de produire et d’analyser des données comparables et cohérentes sur les frais de garde payés par les parents pour un service de garde agréé au Canada étant donné qu’aucune autre source de données n’existait à cet égard. En s’appuyant sur les listes provinciales et territoriales de services de garde agréés, le CCPA a utilisé au départ un sondage téléphonique pour recueillir un ensemble de données auprès des fournisseurs de services de garde en garderie et en milieu familial réglementés situés dans les plus grandes villes du Canada. Le sondage a commencé par vingt villes pour en arriver à trente-cinq, réparties dans l’ensemble des provinces et territoires.
Les rapports examinent les frais de garde du point de vue des fournisseurs des services et des tarifs qu’ils appliquent; ils ne contiennent pas de données sur le montant payé par les parents pour leurs services de garde. Des frais de garde médians sont utilisés pour les comparaisons. Ces médianes sont pondérées en fonction du nombre de places; ainsi le poids d’une garderie avec une plus grande capacité d’accueil est supérieur à celui d’une garderie ou d’un service de garde en milieu familial comptant un plus petit nombre de places. Une médiane est moins influencée par les tarifs extrêmes qu’une moyenne pondérée. La médiane est le point où la moitié de toutes les places sont les plus chères et la moitié sont les moins chères. Dans les provinces et territoires qui ont un régime à tarifs déterminés (fixés par le gouvernement), la médiane est le tarif déterminé, pourvu qu’au moins la moitié des places dans cette ville fasse partie du régime à tarifs déterminés. Il convient de souligner que même si les villes au Québec comptent de forts pourcentages de places qui n’adhèrent pas au tarif déterminé par le gouvernement, ces pourcentages ne représentent jamais la moitié des places. De même en Ontario, quoique le pourcentage de places qui ne font pas partie du système à tarifs réduits est beaucoup moins élevé qu’au Québec. Les places en dehors du PPAGJE augmentent avec la croissance du système de services de garde globalement, mais elles sont toujours loin d’atteindre la moitié des places.
La plupart des années, nous ajoutions quelques questions à nos rapports sur les frais de garde et nous réalisions des analyses d’intérêt particulier. Nous avons posé des questions à propos des listes d’attente dans les garderies, des frais pour s’inscrire à ces listes d’attente et de la propriété des garderies—but lucratif et sans but lucratif. Comme le nombre de provinces et de territoires adhérant aux régimes de tarifs déterminés (et que la contribution des parents aux recettes des services de garde a été remplacée par le financement public) a augmenté, les services de garde aux prix courants du marché dans toutes les provinces et tous les territoires (ceux non assujettis aux tarifs déterminés par le gouvernement) ont été analysés séparément. En 2015, une analyse distincte a été réalisée afin de déterminer combien devaient débourser de leurs poches les familles à faible revenu admissibles aux subventions pour frais de garde pour payer la différence entre la subvention reçue et le tarif demandé. En 2017, les fournisseurs de services de garde dans les collectivités rurales de l’Ontario et de l’Alberta ont été sondés dans le but de répondre à la question suivante : « Les frais de garde en milieu rural sont-ils moins élevés que dans les centres urbains? ». Parce que l’augmentation de l’offre de services de garde réglementés était devenue un enjeu déterminant, dans notre sondage de 2023, nous avons posé la question suivante aux fournisseurs de services de garde afin de déterminer leur capacité de croissance : « Pourriez-vous inscrire un enfant de plus au cours de la semaine prochaine? »
Remerciements
Les auteurs souhaitent remercier les lectrices et lecteurs suivants pour leurs précieux commentaires entourant une des premières versions du présent document : Morna Ballantyne, Jane Beach, Ariane Hotte, Molly McCracken, Susan Prentice, Christine Saulnier, Eric Swanson, Ricardo Tranjan.
About the authors
David Macdonald
David joined the CCPA as its Senior Ottawa Economist in 2011, although he has been a long time contributor as a research associate. Since 2008, he has coordinated the Alternative Federal Budget, which takes a fresh look at the federal budget from a progressive perspective. David has also written on a variety of topics, from child care to income inequality to federal fiscal policy. He is a regular media commentator on national policy issues, often speaking to the CBC, Globe and Mail, Toronto Star and Canadian Press. David received his BA from the University of Windsor and his MA from the University of Guelph, both in Philosophy. Follow David on Bluesky at @davidmaccdn.bsky.social
Martha Friendly
Martha Friendly is the founder and executive director of the Childcare Resource and Research Unit and a research associate at the Canadian Centre for Policy Alternatives.




